Comment contester ses charges de copropriété : Guide complet

En copropriété, les appels de fonds transmis chaque trimestre par le syndic constituent l’une des dépenses les plus importantes pour les ménages. Face aux hausses répétées ou à des décomptes individuels difficiles à décrypter, de nombreux copropriétaires se demandent s’ils paient le juste prix. Une contestation efficace ne s’improvise pas : elle ne repose pas sur une simple insatisfaction quant au montant global, mais sur une vérification rigoureuse des règles de répartition fixées par la loi et votre règlement d’immeuble. Comment déceler une erreur de calcul ou un abus du syndic ? Quels sont les recours amiables et judiciaires pour obtenir la régularisation de vos comptes sans risquer de sanctions ? Ce guide complet vous détaille toutes les étapes pour faire valoir vos droits en 2026.

1. Comprendre la nature de vos charges pour repérer les anomalies

Pour déceler une erreur sur son décompte individuel, il faut d’abord comprendre comment la loi structure les dépenses d’un immeuble. La loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis pose une distinction fondamentale et impérative à l’article 10 entre deux catégories distinctes de charges.

Les charges générales (Article 10, alinéa 2)

Les charges générales couvrent l’administration, la conservation et l’entretien des parties communes de l’immeuble. Elles incluent notamment les honoraires du syndic, l’assurance de l’immeuble, le ravalement de la façade, la réfection de la toiture ou le nettoyage des couloirs.

La règle de répartition des charges générales est strictement proportionnelle à la valeur relative de chaque lot privatif. Cette quote-part est exprimée en tantièmes ou en millièmes de copropriété, calculés selon les critères fixés à l’article 5 de la loi de 1965 (superficie, consistance, situation du lot).

Chaque copropriétaire a l’obligation légale de contribuer aux charges générales, quelle que soit son utilisation personnelle des parties communes ou l’occupation effective de son logement. Un propriétaire qui laisse son appartement vacant ne peut prétendre s’exonérer de sa quote-part d’assurance ou d’honoraires de syndic.

Les charges spéciales (Article 10, alinéa 1)

Les charges spéciales concernent les services collectifs et les équipements communs. Elles regroupent des dépenses telles que la maintenance et l’électricité de l’ascenseur, le chauffage central collectif, la fourniture d’eau chaude sanitaire, l’entretien du gardiennage ou le fonctionnement des portes automatiques de garage.

Contrairement aux charges générales, les charges spéciales sont réparties en fonction du critère de l’utilité objective que l’équipement ou le service présente à l’égard de chaque lot privatif. L’utilité s’apprécie en fonction de la possibilité technique de profiter du service, et non de son usage effectif par le résident.

Il existe une possibilité d’exonération totale si un équipement ne présente scientifiquement et matériellement aucune utilité pour un lot. Par exemple, un lot non raccordé au réseau de chauffage collectif de l’immeuble d’origine est dispensé de participer aux dépenses de combustible et d’entretien de la chaudière.

La règle d’ordre public et le piège des annexes

Les règles de répartition posées par l’article 10 de la loi de 1965 sont d’ordre public. Cela signifie que ni le règlement de copropriété, ni une décision votée en Assemblée Générale (AG) ne peuvent y déroger. Toute clause du règlement contraire à ces critères est réputée non écrite : juridiquement, elle est considérée comme n’avoir jamais existé.

💡 Point de vigilance : le cas des appartements situés au rez-de-chaussée

Ne concluez pas prématurément qu’un logement situé au rez-de-chaussée est exonéré de toutes charges d’ascenseur. Si le titre de propriété indique que le lot comprend un lot annexe situé en sous-sol (une cave, un emplacement de parking, un garage ou un débarras) desservi par l’appareil, l’utilité objective de l’ascenseur est juridiquement caractérisée. La participation aux frais de fonctionnement et de travaux de l’ascenseur devient alors obligatoire.

Type de chargeBase légalePrincipe de répartitionExemples de dépensesRègle d’exonération
Charges GénéralesArt. 10 al. 2 (Loi de 1965)Tantièmes / millièmes généraux (valeur relative du lot)Assurance, ravalement, honoraires du syndic, toitureAucune : obligation universelle de paiement
Charges SpécialesArt. 10 al. 1 (Loi de 1965)Utilité objective du service ou de l’équipement pour le lotAscenseur, chauffage collectif, porte de garageExonération si l’équipement présente une utilité nulle

2. La méthode pas à pas pour vérifier et analyser vos comptes

L’analyse de votre décompte exige d’adopter la démarche méthodique d’un auditeur d’immeuble. La vérification annuelle des comptes est un droit individuel garanti à chaque copropriétaire par l’article 18-1 de la loi du 10 juillet 1965.

Les 4 étapes de l’examen comptable

  1. Solliciter la consultation des pièces : Dès réception de la convocation à l’Assemblée Générale annuelle, demandez par écrit un rendez-vous au syndic pour consulter l’ensemble des pièces justificatives. Prévoyez un créneau de deux à trois heures.
  2. Préparer l’analyse en amont : La convocation doit vous être envoyée au moins 21 jours avant la date de l’AG, conformément au décret n° 67-223 du 17 mars 1967. Épluchez les documents financiers annexés à la convocation et préparez une liste de questions précises.
  3. Pointer les pièces sur place : Comparez chaque ligne du relevé général des charges avec les factures originales émises au cours de l’exercice comptable. Contrôlez les montants Hors Taxes (HT), Toutes Taxes Comprises (TTC) et les dates d’exécution.
  4. Demander des clarifications écrites : Notez chaque imprécision ou anomalie de saisie. Le syndic est tenu de vous fournir une explication technique et de vous présenter le justificatif correspondant.

Les 5 documents obligatoires à contrôler

  • Le Grand Livre des comptes : Ce document récapitule l’intégralité des écritures comptables de la copropriété par compte et par classe. Il permet d’observer l’historique chronologique des dépenses et de détecter des soldes anormaux.
  • Le relevé général des dépenses : Joint à la convocation d’AG, ce relevé détaille l’ensemble des dépenses exécutées durant l’exercice, réparties par catégories et clés de répartition.
  • Les factures justificatives : Elles établissent la réalité de la dépense. Vérifiez impérativement que les factures sont libellées au nom exact du Syndicat des Copropriétaires, et non au nom propre du syndic. Pour les prestations hors contrat, assurez-vous qu’elles font suite à un devis préalablement approuvé.
  • Le budget prévisionnel : Il permet d’effectuer une comparaison directe entre les sommes votées en AG et les dépenses réelles engagées, afin d’identifier d’éventuels dépassements de budget non autorisés.
  • Les annexes comptables (notamment le Compte 47) : L’Annexe 1 dresse le bilan de l’immeuble. Portez une attention particulière au Compte 51 (banque séparée) et au Compte 47 (compte d’attente). Le Compte 47 sert à enregistrer temporairement des recettes ou des dépenses en attente d’affectation. Il doit impérativement être apuré (soldé) à la clôture de l’exercice. Un Compte 47 non soldé masque fréquemment des erreurs d’imputation ou des factures litigeuses différées.

Vous pouvez vous faire assister lors de cette consultation par un membre du conseil syndical, un expert-comptable ou un représentant d’une association agréée de copropriétaires.

3. Typologie des erreurs : quels sont les motifs valables de contestation ?

Toute augmentation de charges n’est pas illégale. Pour pouvoir contester efficacement, il convient de rattacher l’anomalie constatée à un motif juridique précis.

Les erreurs matérielles et de saisie comptable

Ces fautes résultent d’une maladresse ou d’une mauvaise manipulation du syndic lors du traitement des données comptables :

  • Erreurs arithmétiques : Une mauvaise multiplication de la dépense globale par votre quote-part de tantièmes.
  • Doublons de facturation : L’enregistrement répétatif d’une même facture sur deux comptes de charges différents ou sur deux exercices successifs.
  • Reports de solde inexacts : Le report erroné d’un solde individuel d’un exercice sur l’autre, sans tenir compte des paiements déjà effectués.

La non-conformité au règlement de copropriété

Le syndic doit appliquer à la lettre les grilles de répartition inscrites dans votre règlement d’immeuble :

  • Mauvaise clé de répartition : L’application de la clé des charges générales à des travaux concernant un bâtiment spécifique bénéficiant de tantièmes spéciaux.
  • Paramétrage erroné du logiciel : Une inversion de coefficients de pondération ou une erreur dans la saisie des identifiants de lots et de leurs surfaces privatives.

L’absence d’utilité objective pour votre lot

Il s’agit de la facturation induite de charges spéciales à des lots ne tirant aucun profit de l’équipement :

  • Frais d’ascenseur indus : La facturation de la maintenance d’un ascenseur à un propriétaire de lot situé au rez-de-chaussée qui ne possède aucun lot annexe (cave, parking) en sous-sol.
  • Chauffage collectif non raccordé : L’imputation de frais de combustible à un local commercial ou un logement équipé d’un chauffage individuel d’origine et totalement indépendant de la chaufferie centrale.

Les dépenses et travaux non votés en Assemblée Générale

Le syndic ne dispose d’aucun pouvoir de décision autonome pour engager les finances de la copropriété hors du cadre voté :

  • Honoraires particuliers injustifiés : La facturation de prestations particulières qui ne figurent pas dans le contrat-type du syndic fixé par le décret du 26 mars 2015.
  • Dépassements d’enveloppe : L’engagement de dépenses supérieures au montant du budget prévisionnel ou au plafond de consultation fixé par l’AG, sans vote complémentaire des copropriétaires (hors travaux d’urgence absolue au sens de l’article 18 de la loi de 1965).

Les frais individuels et relances abusifs

Aux termes de l’article 10-1 de la loi du 10 juillet 1965, seuls les frais de recouvrement nécessaires et réellement justifiés peuvent être imputés sur le compte individuel d’un copropriétaire. L’imputation directe de frais de relance simples, de frais d’avocat ou d’honoraires de mise en demeure sans envoi préalable d’une Lettre Recommandée avec Accusé de Réception (LRAR) est illégale.

4. Le parcours de contestation : des démarches amiables à la mise en demeure

Si vous constatez une erreur ou un abus sur votre appel de fonds, respectez une démarche graduée pour obtenir correction sans engager inutilement des procédures judiciaires coûteuses.

[Étape 1 : Demande d'explications informelle au gestionnaire]
       │
       ▼ (Absence de réponse ou refus sous 15 jours)
[Étape 2 : Saisine du Conseil Syndical pour appui]
       │
       ▼ (Blocage persistant)
[Étape 3 : Inscription d'une résolution de rectification à l'Ordre du Jour de l'AG]
       │
       ▼ (Vote négatif ou refus de la part du syndic)
[Étape 4 : Notification d'une Mise en Demeure formelle par LRAR]

Étape 1 : La demande d’explications informelle

Adressez un courriel ou un courrier simple au gestionnaire de votre copropriété. Rédigez une note factuelle accompagnée des pièces justificatives (extraits de décompte, calculs, photographies) et sollicitez une régularisation sur le prochain appel de fonds.

Étape 2 : La saisine du conseil syndical

En l’absence de réaction sous deux semaines, contactez le président ou les membres du conseil syndical. Cet organe a pour mission de contrôler la gestion du syndic. Un mot du conseil syndical permet souvent de débloquer la situation rapidement auprès du gestionnaire.

Étape 3 : L’inscription d’une résolution à l’ordre du jour de l’AG

Par Lettre Recommandée avec Accusé de Réception (LRAR), demandez au syndic de porter à l’ordre du jour de la prochaine Assemblée Générale une résolution visant à corriger l’erreur d’imputation ou à procéder à la régularisation des sommes indues.

Attention aux règles de vote selon la nature de la demande :

  • La correction d’une erreur matérielle d’application du règlement ou de calcul se vote à la majorité simple de l’article 24 de la loi de 1965.
  • La modification délibérée d’une clé de répartition établie par le règlement de copropriété nécessite en principe l’unanimité des voix de tous les copropriétaires (article 11 de la loi de 1965), sauf si cette modification est la conséquence directe de travaux votés à une majorité qualifiée.

Étape 4 : La mise en demeure formelle par LRAR

En cas d’inaction du syndic, adressez-lui une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Ce courrier fixe un délai précis pour rectifier vos comptes avant toute saisine des tribunaux.

Modèle de lettre de mise en demeure au syndic

Nom et Prénom du copropriétaire

Adresse du logement privatif

Numéro de lot(s) et tantièmes

Téléphone / Courriel

Nom de la société de Syndic

À l’attention du gestionnaire d’immeuble

Adresse du cabinet

Fait à [Ville], le [Date]

Objet : Mise en demeure – Contestation formelle d’appel de fonds et erreur d’imputation

LETTRE RECOMMANDÉE AVEC ACCUSÉ DE RÉCEPTION

Madame, Monsieur le Gestionnaire,

Propriétaire du lot n° [Numéro du lot] au sein de la copropriété [Nom de la résidence], située au [Adresse de l’immeuble], je vous notifie par la présente ma contestation formelle concernant [l’appel de fonds du X trimestre / le décompte individuel de charges de l’exercice XXXX], reçu le [Date].

L’examen de mon décompte et des pièces comptables fait apparaître l’anomalie juridique suivante :

[Expliquer précisément l’anomalie : exemple : l’imputation de frais de maintenance d’ascenseur pour un lot situé au rez-de-chaussée dépourvu de lot en sous-sol / l’application d’une clé de répartition à 150/1000 au lieu de 100/1000 prévus au règlement / la facturation de frais de relance de XX € sans mise en demeure préalable].

Cette imputation viole les dispositions d’ordre public de l’article 10 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 [ou « la grille de répartition prévue à l’article X du règlement de copropriété »].

Par la présente, je vous mets formellement en demeure de procéder à la régularisation de mon compte individuel et de m’adresser un appel de fonds rectificatif minoré de la somme de [Montant à déduire] euros, dans un délai de [15 ou 30] jours à compter de la réception de cette lettre.

À défaut de régularisation dans le délai imparti, je me verrai contraint de saisir le Tribunal Judiciaire afin de faire valoir mes droits, d’obtenir la restitution des sommes indûment perçues, et de solliciter des dommages et intérêts pour résistance abusive.

Sous toutes réserves.

[Signature]

5. Les voies d’action judiciaire, délais de prescription et règles de procédure en 2026

Si la phase amiable échoue, la résolution du litige nécessite la saisine du Tribunal Judiciaire du lieu de situation de l’immeuble. Le succès de la contestation repose sur le choix strict du bon fondement juridique. L’Ordonnance n° 2019-1101 du 30 octobre 2019 a apporté des précisions majeures quant aux délais et aux effets de ces actions.

Tableau comparatif des actions judiciaires en 2026

Action judiciaireBase légaleConditions & Motifs de fondDélai de prescription (2026)Effet et date de prise d’effet
Contestation de décision d’AGArt. 42 al. 2 (Loi du 10/07/1965)Action réservée aux copropriétaires opposants ou défaillants. Annulation d’une résolution d’AG ayant approuvé des comptes erronés ou modifié une clé.2 mois à compter de la notification du procès-verbal de l’AG par le syndic.Annulation rétroactive de la résolution d’AG contestée.
Action en révision de la répartitionArt. 12 (Loi du 10/07/1965)Caractère lésionnaire : quote-part supérieure de plus de 25% (+1/4) ou part d’un autre lot inférieure de plus de 25% (-1/4) par rapport aux règles légales.5 ans à compter de la publication du règlement OU 2 ans à compter de la première mutation du lot.Fixation judiciaire d’une nouvelle clé. Effet pour l’avenir uniquement.
Action pour clause réputée non écriteArt. 43 (Loi du 10/07/1965)Clause du règlement ou résolution d’AG violant directement les critères impératifs de l’article 10.Imprescriptible (action possible à tout moment sans limite de temps).Nouvelle répartition fixée par le juge. Prise d’effet : 1er jour de l’exercice comptable suivant la décision définitive.
Contestation du compte individuel / Répétition de l’induArt. 2224 (Code Civil) / Action personnelleErreur comptable, saisie matérielle, doublon ou frais injustifiés figurant sur le compte privatif.5 ans à compter de la date du paiement ou de l’imputation indue.Restitution ou remboursement des sommes perçues à tort par la copropriété.
Action en rectification pour erreur matérielleJurisprudence / Action spécifiqueErreur matérielle manifeste d’arithmétique ou de transcription de tantièmes dans le règlement d’immeuble.10 ans à compter de la publication du règlement de copropriété.Correction de l’erreur et réajustement des tantièmes de charges.

Les pièges de procédure à éviter

  • L’exclusivité mutuelle entre l’Article 12 et l’Article 43 : Les actions fondées sur l’article 12 (révision pour lésion) et l’article 43 (clause réputée non écrite) ne sont ni cumulatives ni interchangeables. L’article 12 s’applique lorsque la règle légale a été respectée dans son principe mais que son application chiffrée présente un écart inéquitable de plus de 25 %. L’article 43 s’applique lorsque le principe même de l’article 10 a été bafoué (ex. répartition de charges d’ascenseur aux tantièmes généraux). Se tromper de fondement juridique entraîne l’irrecevabilité pure et simple de l’action.
  • Calcul de la lésion du quart (Article 12) : L’existence d’une lésion de plus de 25 % s’apprécie strictement lot par lot. Il est impossible d’agréger les tantièmes de plusieurs lots appartenant à un même propriétaire pour calculer un seuil moyen.
  • Prise d’effet des décisions de l’Article 43 : Lorsqu’une clause de répartition est réputée non écrite, la nouvelle répartition fixée par le juge prend effet au premier jour de l’exercice comptable suivant la date à laquelle la décision est devenue définitive (article 43 modifié). Ce principe protège la copropriété contre l’obligation de recomposer rétroactivement les comptes de plusieurs années passées.
  • Demande de dommages et intérêts pour préjudice passé : Puisque la nouvelle répartition fixée sur le fondement des articles 12 ou 43 ne produit d’effet que pour l’avenir, le copropriétaire ne peut obtenir le remboursement rétroactif des appels passés sur ce seul fondement. Néanmoins, la jurisprudence autorise le juge à condamner le Syndicat des Copropriétaires à verser des dommages et intérêts pour réparer le préjudice financier subi, si le syndicat a opposé une résistance abusive à la régularisation d’une situation illégale.
  • Garanties de procédure (Décret du 17 mars 1967) : En vertu de l’article 59 du décret de 1967, le syndic est tenu d’informer tous les copropriétaires lorsqu’une action judiciaire vise la répartition des charges. Si des oppositions d’intérêts apparaissent entre les copropriétaires non demandeurs, l’article 54 permet la désignation d’un mandataire ad hoc par le président du tribunal pour représenter la collectivité en toute neutralité.

6. La règle d’or : le paiement sous réserve

Face à un appel de fonds comportant des erreurs flagrantes, suspendre unilatéralement ses règlements est la pire erreur stratégique qu’un copropriétaire puisse commettre.

💡 Mise en garde : les risques du non-paiement unilatéral

En droit de la copropriété, l’obligation d’acquitter ses charges à la date d’exigibilité est absolue. Le principe d’exception d’inexécution (« je ne paie pas tant que le syndic ne corrige pas ») ne s’applique pas aux charges de copropriété. En cessant de payer, vous devenez juridiquement un copropriétaire débiteur.

Le syndic pourra enclencher la procédure de recouvrement accéléré prévue à l’article 19-2 de la loi de 1965 (qui rend immédiatement exigibles toutes les provisions du budget prévisionnel de l’année), faire délivrer une mise en demeure par commissaire de justice, inscrire une hypothèque légale sur votre bien ou faire pratiquer une saisie conservatoire sur vos comptes. Tous les frais de poursuite vous seront réimputés et vous risquez une condamnation à des dommages et intérêts pour retard abusif.

La technique du « Paiement sous réserve »

Pour protéger vos droits sans commettre de faute, la seule démarche correcte consiste à régler l’intégralité de la somme réclamée tout en assortissant votre règlement d’une réserve écrite et formelle. Cette démarche empêche le syndic de soutenir que vous avez accepté les charges, tout en éliminant tout risque de poursuites ou de pénalités de retard.

Mention type à joindre à votre règlement :

« Je vous adresse ce jour le paiement de la somme de [Montant] euros au titre de l’appel de fonds du [Xème trimestre / Année]. Ce versement est effectué sous réserve expresse de tous mes droits et actions quant à la contestation [de la clé de répartition / du montant / de l’imputation de la dépense relative à …], faisant l’objet de ma demande de régularisation du [Date]. Ce règlement ne saurait en aucun cas valoir acceptation de ma part ou renonciation à mes voies de recours. »

7. Les recours ciblés contre le syndic en cas de faute grave

Lorsque l’erreur sur les charges découle d’une gestion opaque, de négligences répétées ou d’une facturation d’honoraires illicites par le gestionnaire professionnel, plusieurs recours ciblés peuvent être engagés à son encontre.

Les leviers politiques en Assemblée Générale

  • Le refus de quitus : Lors du vote sur l’approbation des comptes, les copropriétaires peuvent refuser de donner quitus au syndic. Ce refus matérialise formellement la désapprobation de sa gestion financière par la collectivité.
  • La révocation pour motif légitime : L’Assemblée Générale peut décider de révoquer le syndic avant le terme de son mandat si une faute grave est établie (ex. absence de compte bancaire séparé, prélèvements d’honoraires sans autorisation d’AG).

Les signalements administratifs et disciplinaires

  • Signalement à la DGCCRF : En cas de facturation systématique d’honoraires non prévus au contrat-type ou de clauses abusives, effectuez un signalement auprès de la Répression des fraudes via la plateforme SignalConso.
  • Saisine des instances professionnelles : Vous pouvez adresser une réclamation aux chambres syndicales auxquelles le cabinet est affilié (FNAIM, UNIS, SNPI) ou à la Commission de contrôle des activités de transaction et de gestion immobilières.

L’action en responsabilité civile professionnelle

Sur le fondement de l’article 1240 du Code civil, la responsabilité civile personnelle du syndic peut être recherchée devant le Tribunal Judiciaire. Le syndicat des copropriétaires ou un copropriétaire pris individuellement peut exiger la condamnation du syndic au versement de dommages et intérêts s’il est prouvé que sa faute professionnelle directe (ex. pénalités dues à un retard de paiement de factures par le syndic, prélèvements illégaux) a causé un préjudice financier.

8. Conclusion et checklist du copropriétaire averti

Contester ses charges de copropriété est une démarche légitime qui vise à rétablir la juste répartition des dépenses de l’immeuble. La réussite de cette démarche demande de la rigueur d’analyse, un strict respect des étapes amiables et le choix du fondement juridique adapté en cas de recours judiciaire.

Checklist des 6 réflexes essentiels

  • [ ] 1. Identifier la qualification légale de la charge : Distinguer s’il s’agit d’une charge générale (repartie aux tantièmes) ou d’une charge spéciale (fondée sur l’utilité objective, en vérifiant les lots annexes en sous-sol).
  • [ ] 2. Auditer la comptabilité avant l’AG : Vérifier les factures originales, le Grand Livre, le relevé général des dépenses, ainsi que le solde du Compte 47 et du Compte 51.
  • [ ] 3. Appliquer le paiement sous réserve : Continuer à régler la totalité des appels de fonds exigés en accompagnant chaque versement de la réserve écrite expresse.
  • [ ] 4. Suivre le parcours d’escalade amiable : Alerter le conseil syndical, tenter une régularisation directe et demander l’inscription d’une résolution de rectification à l’ordre du jour de la prochaine AG.
  • [ ] 5. Qualifier précisément le fondement judiciaire : Vérifier les délais applicables selon l’action : annulation d’AG (2 mois), révision pour lésion de plus de 25 % (Art. 12 : 5 ans ou 2 ans), clause réputée non écrite (Art. 43 : imprescriptible) ou répétion de l’indu (5 ans).
  • [ ] 6. Dissocier révision future et indemnisation passée : En cas d’action sur les articles 12 ou 43, assortir la demande d’une réclamation de dommages et intérêts pour compenser le préjudice subit du fait de la résistance abusive de la copropriété.

Foire aux questions

Que faire si le syndic refuse de corriger une erreur évidente sur mon décompte ?

Si le syndic refuse de corriger une erreur matérielle après une demande écrite, saisissez le conseil syndical pour appuyer votre démarche. Envoyez ensuite une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception fixant un délai d’exécution. Si le blocage persiste, demandez l’inscription d’une résolution de régularisation à la prochaine Assemblée Générale ou saisissez le Tribunal Judiciaire en répétition de l’indu.

Un copropriétaire au rez-de-chaussée doit-il toujours payer l’ascenseur ?

Non, un copropriétaire situé au rez-de-chaussée est dispensé des charges d’ascenseur si cet équipement n’a aucune utilité objective pour son lot. Toutefois, si son lot privatif comprend une annexe située en sous-sol (cave, garage, parking) accessible par l’ascenseur, l’utilité est légalement établie et sa participation aux charges d’ascenseur devient obligatoire.

Peut-on refuser de payer une charge non votée en Assemblée Générale ?

Il ne faut jamais cesser de payer un appel de fonds unilatéralement. Si le syndic exige le paiement de travaux ou d’honoraires non approuvés par l’AG, formulez immédiatement un paiement sous réserve par écrit pour la somme contestée. Rapprochez-vous ensuite du conseil syndical et adressez une mise en demeure au syndic pour exiger la régularisation des sommes appelées sans fondement décisionnel.

Quel est le délai pour contester une décision d’Assemblée Générale approuvant des comptes erronés ?

L’action en annulation d’une décision d’Assemblée Générale est soumise à un délai de prescription strict de deux mois, en vertu de l’article 42 de la loi du 10 juillet 1965. Ce délai court à compter de la notification du procès-verbal d’AG par le syndic. Seuls les copropriétaires ayant voté contre la résolution ou s’étant portés absents (défaillants) peuvent engager cette action.

Quelle est la différence entre une action sous l’article 12 et l’article 43 de la loi de 1965 ?

L’article 12 concerne l’action en révision pour lésion : la règle légale est respectée mais le calcul des tantièmes génère un écart injuste de plus de 25 %. Cette action se prescrit par 5 ans (ou 2 ans après une vente). L’article 43 vise les clauses du règlement violant directement les règles d’ordre public de l’article 10 (ex. charges d’ascenseur réparties aux tantièmes généraux). Cette action est imprescriptible.

Sources et références

  • Loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis (Articles 10, 10-1, 11, 12, 18, 19-2, 42 et 43) sur Légifrance.
  • Décret n° 67-223 du 17 mars 1967 pris pour l’application de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 (Articles 54 et 59) sur Légifrance.
  • Ordonnance n° 2019-1101 du 30 octobre 2019 portant réforme du droit de la copropriété des immeubles bâtis.
  • Décret n° 2015-342 du 26 mars 2015 définissant le contrat-type de syndic de copropriété.
  • Fiches pratiques et conseils juridiques sur la copropriété par Service-Public.fr et l’ANIL (Agence Nationale pour l’Information sur le Logement).

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