Assurance multirisque immeuble : guide complet de la copropriété

L’assurance de l’immeuble constitue le pilier fondamental de la gestion d’une copropriété et de la sauvegarde du patrimoine collectif. En France, un grand nombre de copropriétés doivent composer avec l’évolution constante de la législation, la hausse des coûts des matériaux de construction et l’intensification des risques climatiques. Pourtant, la couverture des parties communes et du bâti fait encore l’objet de confusions récurrentes entre l’obligation légale minimale de responsabilité civile et les garanties matérielles d’un contrat complet.

Quelles sont les garanties indispensables pour protéger le bâtiment ? Comment calculer le capital de reconstruction sans risquer une pénalité financière majeure en cas de sinistre ? Comment s’articule la convention IRSI lors d’un dégât des eaux ? Ce guide complet détaille l’ensemble des règles juridiques, techniques et financières pour maîtriser le contrat d’assurance multirisque immeuble (MRI) de votre copropriété.

Cadre légal et obligations d’assurance en copropriété

Pendant très longtemps, aucun texte réglementaire général n’imposait la souscription d’une assurance aux copropriétés en France. L’obligation dépendait uniquement des clauses insérées dans le règlement de copropriété. Cette absence d’encadrement légal laissait de nombreux immeubles anciens sans aucune couverture en cas de sinistre grave. La loi ALUR du 24 mars 2014 a profondément remanié ce paysage juridique en instaurant une obligation légale d’assurance.

Analyse de l’article 9-1 de la loi du 10 juillet 1965

L’article 9-1 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixe une obligation d’assurance en responsabilité civile (RC), établissant une frontière nette entre la collectivité des copropriétaires et chaque occupant ou bailleur :

  • L’obligation du syndicat des copropriétaires : Le syndicat, personne morale formée de plein droit dès la division de l’immeuble en lots, doit obligatoirement s’assurer contre les risques de responsabilité civile dont il doit répondre en sa qualité de propriétaire de l’immeuble bâti. Cette garantie couvre les dommages causés aux tiers et aux copropriétaires par l’immeuble lui-même, tels qu’un vice de construction, un défaut d’entretien des parties communes, la chute d’un élément de façade ou le dysfonctionnement d’une canalisation collective. Le syndicat répond de ces dommages de plein droit.
  • L’obligation individuelle de chaque copropriétaire : Chaque copropriétaire, qu’il soit occupant ou bailleur, doit souscrire une assurance contre les risques de responsabilité civile dont il répond personnellement. Le copropriétaire occupant satisfait à cette obligation via la garantie responsabilité civile incluse dans son contrat multirisque habitation (MRH). De son côté, le copropriétaire bailleur doit obligatoirement souscrire un contrat propriétaire non occupant (PNO), car la couverture du locataire ne protège pas la responsabilité propre du bailleur en cas de vacance du logement, de vice propre du lot ou de recours du syndicat et des voisins.

La Responsabilité Civile face à la Multirisque Immeuble (MRI)

Une confusion fréquente réside dans la portée exacte de l’obligation légale. L’article 9-1 de la loi du 10 juillet 1965 impose exclusivement la garantie de responsabilité civile. Le texte de loi n’impose aucun plafond minimal de garantie, aucune franchise maximale, ni l’obligation de couvrir les dommages matériels subis par le bâtiment lui-même en cas d’incendie, de tempête, de dégât des eaux ou de catastrophe naturelle.

⚠️ Avertissement juridique : Une copropriété titulaire d’un contrat souscrit en « RC seule » est en parfaite conformité avec la loi. Néanmoins, en cas d’incendie majeur ou de destruction de la toiture par une tempête, l’assureur n’indemnisera aucun dommage matériel subis par le bâtiment. La reconstruction devra alors être intégralement financée par des appels de fonds exceptionnels répartis entre tous les copropriétaires. C’est la raison pour laquelle la souscription d’une Multirisque Immeuble (MRI), bien que facultative au strict sens de la loi, est systématiquement rendue obligatoire par le règlement de copropriété dans la quasi-totalité des immeubles.

Rôles et responsabilités du syndic de copropriété

En vertu de l’article 18 de la loi du 10 juillet 1965, le syndic agit en qualité de mandataire légal du syndicat des copropriétaires. À ce titre, il lui appartient de négocier, de souscrire et de gérer le contrat d’assurance de l’immeuble.

La souscription ou le renouvellement du contrat d’assurance est soumis à la décision de l’assemblée générale (AG) statuant à la majorité simple de l’article 24 (majorité des voix exprimées des copropriétaires présents, représentés ou ayant voté par correspondance).

En cas d’inertie ou de refus de l’assemblée générale de voter le contrat d’assurance obligatoire, l’article L. 112-1 du Code des assurances autorise le syndic à souscrire seul le contrat de responsabilité civile au nom du syndicat, garantissant ainsi la continuité de la protection de la copropriété.

Le défaut de souscription d’une assurance obligatoire constitue une faute de gestion lourde :

  • Syndic professionnel : Sa responsabilité civile professionnelle (obligatoire au titre de la loi Hoguet du 2 janvier 1970) sera engagée par les copropriétaires pour obtenir réparation du préjudice financier subi en cas de sinistre non couvert.
  • Syndic bénévole : Il engage directement son patrimoine personnel en cas de sinistre non couvert survenu en raison de sa négligence ou de son manque de diligence.

Synthèse des obligations assurantielles en copropriété

ActeurType d’assurance obligatoire / recommandéePortée de la couverture & Risques en cas d’absence
Syndicat des copropriétaires• Obligatoire : RC du Syndicat (art. 9-1 Loi 1965)

• Indispensable : Multirisque Immeuble (MRI)
Couvre les dommages causés aux tiers par les parties communes ou le bâti. Sans MRI, absence totale d’indemnisation pour les dommages matériels au bâtiment (incendie, tempête).
Copropriétaire occupant• Obligatoire : RC individuelle (art. 9-1 Loi 1965)

• Recommandée : Multirisque Habitation (MRH)
Couvre la RC personnelle et les dommages aux biens privatifs. En cas d’absence, indemnisation des tiers sur son patrimoine personnel.
Copropriétaire bailleur• Obligatoire : Assurance Propriétaire Non Occupant (PNO – RC)Couvre la RC du bailleur, le lot pendant les périodes de vacance et les vices propres du logement. Risque de recours direct des tiers ou du syndicat contre le bailleur.
Syndic de copropriété• Obligatoire (Pro) : RC Professionnelle (Loi Hoguet)

• Recommandée (Bénévole) : RC du Syndic bénévole
Garantit les fautes de gestion. En cas d’absence d’assurance de l’immeuble, le syndic répond personnellement des préjudices subis par la copropriété.

Architecture du contrat MRI : garanties et exclusions

Le contrat de multirisque immeuble repose sur une structure technique élaborée. L’analyse des conditions générales, des conditions particulières et des intercalaires (clauses rédigées par des courtiers pour adapter les contrats) est essentielle pour prévenir tout vide assurantiel lors de la survenance d’un sinistre.

Périmètre couvert et démarcation des biens

Le contrat collectif souscrit par le syndic couvre l’intégralité du patrimoine immobilier de la copropriété :

  • Le bâti et le gros œuvre : fondations, murs porteurs, toiture, charpente, façades et dalles.
  • Les parties communes et équipements collectifs : halls d’entrée, escaliers, corridors, ascenseurs, chaufferies collectives, canalisations d’eau et de gaz communes, espaces verts, parkings et caves.
  • Les équipements électroniques collectifs : digicodes, interphones, visiophones et caméras de vidéosurveillance.

La frontière entre parties communes et parties privatives n’est pas fixée par le contrat d’assurance lui-même, mais exclusivement par le règlement de copropriété de l’immeuble. C’est ce document qui détermine si un élément (balcon, fenêtre, volet, canalisation encastrée) relève du domaine collectif ou privatif.

Garanties systématiques et garanties optionnelles

Les contrats d’assurance multirisque immeuble du marché structurent leurs prestations en deux catégories distinctes.

1. Garanties généralement incluses dans le socle de base

  • Incendie et risques assimilés : dommages causés par le feu, les explosions, la fumée ainsi que les frais de déblaiement.
  • Attentats et actes de terrorisme : prise en charge des dommages matériels consécutifs à un acte terroriste sur le territoire national.
  • Dommages électriques : dégâts provoqués sur les installations électriques communes par des surtensions ou la foudre.
  • Événements climatiques et tempêtes : dommages causés par l’action du vent, la grêle ou le poids de la neige sur les toitures.
  • Catastrophes naturelles et technologiques : couverture déclenchée suite à la parution d’un arrêté interministériel au Journal officiel.
  • Responsabilité civile du syndicat : garanties de la responsabilité civile du propriétaire d’immeuble.
  • Défense et recours : prise en charge de la défense juridique de la copropriété ou des actions engagées contre des tiers responsables de dommages à l’immeuble.

2. Garanties optionnelles ou extensions de garanties

  • Dégâts des eaux et recherche de fuite : couverture des fuites, infiltrations et ruptures de canalisations collectives.
  • Vol et vandalisme : dommages causés aux parties communes lors d’une effraction ou d’actes de dégradation.
  • Bris de glace : vitrages du hall, parois vitrées, verrières collectives et miroirs des parties communes.
  • Bris de machines : protection contre la détérioration soudaine des organes mécaniques des ascenseurs ou des chaudières.
  • Protection juridique étendue : prise en charge des litiges contractuels ou des impayés de charges de copropriété.
  • Honoraires de syndic pour gestion de sinistre : remboursement des frais d’administration perçus par le syndic au titre des prestations exceptionnelles de gestion d’un sinistre matériel majeur.

Les exclusions majeures des contrats MRI

Conformément au Code des assurances, certains événements font l’objet d’une exclusion absolue de garantie dans les contrats MRI :

  • Le fait intentionnel ou la faute frauduleuse provoquée par un assuré.
  • Les sinistres survenus antérieurement à la date de souscription du contrat.
  • Le défaut d’entretien ou de réparation avéré (par exemple, des canalisations vétustes non entretenues malgré des signalements répétés inscrits au carnet d’entretien).
  • Les dommages relevant de l’assurance construction (garantie décennale ou assurance dommages-ouvrage).
  • Les amendes, astreintes et condamnations pénales infligées au syndicat.
  • Les dommages causés par l’amiante, le plomb ou le radon.
  • Les actes de guerre civile ou étrangère, ainsi que les immeubles frappés d’un arrêté de péril ou d’insalubrité.

Évaluation du capital de reconstruction et risque de sous-assurance

Le capital de reconstruction déclaré au contrat constitue le montant maximal d’indemnisation versé par l’assureur en cas de sinistre total ou partiel. Son évaluation exacte est indispensable pour garantir la reconstruction complète du bâtiment.

Calcul du capital à déclarer : la surface en mètres carrés développés

L’indemnité versée par l’assureur se calcule sur le coût de reconstruction à neuf de l’immeuble au jour du sinistre, et non sur sa valeur vénale, sa valeur cadastrale ou le prix du marché immobilier.

Les coûts moyens de reconstruction se situent dans une fourchette allant de 1 800 € à 2 800 € par m², selon le niveau de standing du bâtiment (économique, intermédiaire ou haut de gamme comme les immeubles haussmanniens).

Pour déterminer la surface exacte à assurer, les compagnies d’assurance utilisent la méthode de calcul en mètres carrés développés :

Surface développée = Superficie extérieure totale au sol x (Nombre d’étages + Rez-de-chaussée)

Règles d’abattement habituellement appliquées :

  • Les caves et les combles non aménagés sont comptabilisés à hauteur de 50 % de leur surface réelle.
  • Les sous-sols à usage de parking, remises et annexes bénéficient également d’un abattement de 50 %.

Un métrage erroné conduisant à une sous-estimation de la surface développée expose directement la copropriété à une sanction financière sévère prévue par le Code des assurances.

La règle proportionnelle de capitaux (Article L. 121-5 du Code des assurances)

L’article L. 121-5 du Code des assurances édicte la règle proportionnelle de capitaux, un mécanisme applicable en cas de sous-assurance. Si le capital déclaré au contrat s’avère inférieur au coût réel de reconstruction au jour du sinistre, l’assureur applique une réfaction proportionnelle automatique sur toutes les indemnités demandées, que le sinistre soit total ou partiel.

La formule légale de réduction d’indemnité s’établit ainsi :

Indemnité versée = Montant du dommage réel x (Capital déclaré / Capital réel de reconstruction)

Étude de cas chiffrée : l’impact d’une sous-évaluation

Prenons l’exemple d’une copropriété de 1 200 m² développés de standing intermédiaire :

  • Coût réel de reconstruction à neuf : 2 400 000 € (soit 2 000 € par m²).
  • Capital déclaré au contrat par le syndic : 1 680 000 € (soit une sous-évaluation fixée à 70 % de la valeur réelle).
  • Survenance d’un sinistre partiel : un incendie partiel cause 20 000 € de dommages matériels.

Calcul de l’indemnisation par l’assureur :

Indemnité versée = 20 000 € x (1 680 000 € / 2 400 000 €) = 20 000 € x 70 % = 14 000 €

Résultat financier : L’assureur ne verse que 14 000 €. Les 6 000 € restants (représentant 30 % de pénalité pour sous-assurance) demeurent à la charge définitive du syndicat des copropriétaires, qui devra voter un appel de fonds exceptionnel.

Analyse du marché : tarifs, inflation et risques climatiques

Le marché de l’assurance copropriété enregistre de fortes évolutions tarifaires. La prime d’assurance constitue désormais l’un des postes majeurs de charges de fonctionnement des copropriétés françaises, représentant en moyenne 8,5 % du budget prévisionnel total d’un immeuble.

Facteurs macroéconomiques et coûts du bâtiment

Les cotisations d’assurance immeuble connaissent une trajectoire haussière constante sous l’effet de deux indicateurs majeurs :

  1. L’Indice FFB (Fédération Française du Bâtiment) : Cet indice trimestriel mesure l’évolution des coûts des matériaux et de la main-d’œuvre. L’indice FFB répercute directement une hausse automatique sur les primes, les plafonds de garanties et le montant des franchises.
  2. L’augmentation des coûts de réparation : La hausse du prix des matériaux (bois, acier, isolants) et la rareté de la main-d’œuvre qualifiée ont fait augmenter le coût moyen de la gestion des sinistres matériels.

Impact de la fiscalité et du régime des catastrophes naturelles

La hausse des sinistres liés au dérèglement climatique influe directement sur le coût global des contrats d’assurance :

  • La surprime Cat-Nat : Réglementé par la loi du 13 juillet 1982, le régime des catastrophes naturelles finance les sinistres climatiques majeurs. Le relèvement du taux de la surprime légale sur les contrats d’assurance de biens a augmenté la cotisation moyenne annuelle. Les épisodes répétés de sécheresse entraînant le phénomène de retrait-gonflement des argiles (RGA) fassent et fragilisent les fondations de nombreux bâtiments collectifs.
  • La Taxe sur les Conventions d’Assurance (TCA) : Les cotisations facturées intègrent une fiscalité spécifique prélevée par l’État, s’appliquant sur les garanties incendie, dégâts des eaux et bris de glace.

Disparités géographiques et taille des immeubles

Le montant de la prime varie fortement selon la localisation et le profil du bâtiment :

  • Écarts régionaux : À Paris et dans les grandes métropoles, le tarif moyen d’assurance d’un immeuble au mètre carré est nettement supérieur à celui observé dans des agglomérations de taille moyenne, en raison de la densité urbaine et du coût des interventions.
  • Effet de taille : Les grandes copropriétés bénéficient d’une mutualisation des risques plus favorable, leur permettant d’obtenir des coûts unitaires par lot plus compétitifs que les petits immeubles (de 4 à 10 lots), où la part fixe de la prime pèse plus lourdement.

Gestion pratique des sinistres et convention IRSI

La gestion opérationnelle des sinistres exige une réactivité stricte de la part du syndic afin de respecter les obligations prévues au Code des assurances.

Procédure et délais de déclaration légaux

Dès la survenance d’un dommage, le syndic doit mettre en œuvre des mesures conservatoires (coupure de l’eau, bâchage de toiture, mise en sécurité) et déclarer le sinistre à l’assureur dans les délais fixés par l’article L. 113-2 du Code des assurances :

  • Vol, vandalisme ou acte de malveillance : 2 jours ouvrés à compter de la prise de connaissance (nécessite obligatoirement un dépôt de plainte préalable auprès des services de police ou de gendarmerie dans les 48 heures).
  • Dégât des eaux, incendie, tempête, bris de machine : 5 jours ouvrés.
  • Catastrophe naturelle ou technologique : 10 jours suivant la publication officielle de l’arrêté interministériel au Journal officiel.

Un retard de déclaration ne peut entraîner une déchéance de garantie que si l’assureur apporte la preuve formelle que ce retard lui a causé un préjudice financier direct.

Fonctionnement de la Convention IRSI

La Convention IRSI (Indemnisation et Recours des Sinistres Immeubles) régit le règlement des sinistres dégâts des eaux et incendie au sein des immeubles d’habitation, lorsque le montant des dommages matériels est inférieur ou égal à 5 000 € HT par local touché.

Son objectif est de désigner un assureur gestionnaire unique (l’assureur de l’occupant du local touché, qu’il soit locataire ou copropriétaire occupant) afin de centraliser l’évaluation et de simplifier l’indemnisation.

La convention s’articule autour de deux tranches d’intervention :

  • Tranche 1 (Dommages inférieurs à 1 600 € HT) : L’assureur gestionnaire prend en charge l’indemnisation directe de son assuré pour les embellissements et les biens mobiliers. Aucun recours n’est exercé entre les compagnies d’assurances. Les franchises contractuelles sont inopposables aux victimes.
  • Tranche 2 (Dommages entre 1 600 € HT et 5 000 € HT) : L’assureur gestionnaire fait réaliser une expertise pour le compte commun de toutes les compagnies concernées. Chaque assureur indemnise ensuite ses propres assurés, mais des recours conventionnels entre compagnies restent autorisés.
  • Au-delà de 5 000 € HT : La convention IRSI ne s’applique plus. Le dossier bascule sous les règles du droit commun ou de la convention CIDE-COP. Dans ce cadre, l’assurance MRI de l’immeuble prend en charge la totalité des dommages causés aux parties immobilières (privatives comme communes).

⚠️ Règle anti-répétition IRSI : Les mécanismes de gestion simplifiée de la convention IRSI ne peuvent pas jouer plus d’une fois pour une même cause de sinistre dans un délai de 24 mois. Si une seconde fuite survient sur une canalisation vétuste non réparée dans ce délai, les assureurs refusent le traitement IRSI et exercent des recours en droit commun contre le syndicat des copropriétaires.

Recherche de fuite et imputation des franchises

  • Recherche de fuite (RDF) : La recherche de fuite est couverte sans application de franchise. Son organisation incombe prioritairement à l’assureur du local dans lequel la fuite prend sa source. L’assureur de l’immeuble (MRI) n’intervient pour organiser et financer la recherche de fuite que si celle-ci se situe dans les parties communes, ou à titre subsidiaire en cas de vacance du logement ou de défaut d’assurance du copropriétaire.
  • Imputation de la franchise MRI : Sur le plan juridique, la franchise du contrat MRI constitue une charge commune générale. Elle doit être répartie entre l’ensemble des copropriétaires au prorata de leurs tantièmes, même si le sinistre provient d’un seul lot privatif. Une refacturation individuelle de la franchise au copropriétaire responsable n’est possible que si sa faute personnelle est démontrée (article 1240 du Code civil) ou si une clause expresse du règlement de copropriété l’autorise.
  • Prescription biennale (Article L. 114-1 du Code des assurances) : Toutes les actions dérivant d’un contrat d’assurance se prescrivent par 2 ans à compter de l’événement qui y donne naissance. Le syndic doit veiller à interrompre ce délai de 24 mois par l’envoi d’une lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR), par la désignation formelle d’un expert ou par une action en justice.

Résiliation du contrat, mise en concurrence et règles juridiques

Le remplacement du contrat d’assurance de l’immeuble est encadré par des règles de droit strictes pour éviter toute rupture de couverture.

Inapplicabilité des lois de protection des consommateurs

Le contrat de multirisque immeuble souscrit par le syndic obéit aux règles du Code des assurances régissant les personnes morales :

  • Résiliation à l’échéance annuelle (Article L. 113-12 du Code des assurances) : Le contrat peut être résilié chaque année à sa date anniversaire, en respectant un préavis minimal de 2 mois, notifié à l’assureur par lettre recommandée avec accusé de réception.
  • Inapplicabilité des lois Chatel et Hamon : La loi Chatel et la loi Hamon (résiliation à tout moment après un an de souscription) sont strictement inapplicables au contrat d’assurance de l’immeuble. Le syndicat des copropriétaires étant une personne morale, ces dispositifs sont réservés aux personnes physiques pour leurs contrats personnels (MRH, PNO). Le contrat MRI ne peut donc être résilié qu’à son échéance annuelle contractuelle.

Synthèse des modalités de résiliation du contrat MRI

Motif de résiliationFondement juridiquePréavis exigéApplicabilité au syndicat de copropriété
Échéance annuelleArt. L. 113-12 Code des assurances2 mois avant l’échéanceOUI (Seule modalité standard utilisable)
Loi ChatelArt. L. 113-15-1 Code des assurancesNon applicableNON (Réservé aux personnes physiques)
Loi HamonLoi du 17 mars 2014Non applicableNON (Réservé aux consommateurs particuliers)
Hausse de prime supérieure à l’indiceClause contractuelle de révision30 jours dès notificationOUI (Si la clause contractuelle le prévoit)
Résiliation après sinistre par l’assureurArt. R. 113-10 Code des assurances30 joursOUI (En réaction à une résiliation par l’assureur)

Plan d’action : optimiser le contrat d’assurance de sa copropriété

La maîtrise du budget d’assurance nécessite une méthodologie rigoureuse de la part du conseil syndical et du syndic.

1. Organiser une mise en concurrence triennale

Il est recommandé de procéder à une mise en concurrence du contrat d’assurance tous les 3 ans. La loi ELAN du 23 novembre 2018 autorise le conseil syndical à solliciter directement des devis comparatifs auprès de courtiers ou d’assureurs.

Pour obtenir des propositions adaptées, il convient de constituer un dossier technique complet comprenant :

  • Le nombre exact de lots et la nature de l’occupation (résidentiel, commerces, professions libérales).
  • La surface exacte calculée en mètres carrés développés.
  • L’inventaire des équipements collectifs (ascenseurs, chaudières, bornes de recharge électrique).
  • Le relevé de sinistralité détaillé des 3 à 5 dernières années (ratio sinistres sur primes).

2. Agir sur les leviers tarifaires

  • Moduler les franchises : Augmenter modérément le montant de la franchise générale sur les dégâts des eaux permet d’obtenir une baisse immédiate de la prime annuelle.
  • Supprimer les garanties superflues : Adapter le contrat aux caractéristiques réelles du bâtiment (par exemple, supprimer la garantie bris de machines si l’immeuble ne possède ni ascenseur ni chauffage collectif).
  • Réaliser des travaux préventifs : La réfection des canalisations fuyardes et la rénovation des toitures réduisent la sinistralité et permettent de négocier des rabais de cotisation auprès des compagnies d’assurances.

Foire aux questions

Quelle est la différence entre l’assurance MRH et l’assurance MRI ?

L’assurance multirisque habitation (MRH) est souscrite individuellement par chaque occupant pour protéger son logement privatif, ses meubles et sa responsabilité civile personnelle. L’assurance multirisque immeuble (MRI) est un contrat collectif souscrit par le syndic pour le compte du syndicat des copropriétaires. Elle garantit l’intégralité de la structure du bâtiment, les parties communes et la responsabilité civile du syndicat.

L’assurance multirisque immeuble est-elle légalement obligatoire ?

Seule la garantie en responsabilité civile (RC) du syndicat est obligatoire en vertu de l’article 9-1 de la loi du 10 juillet 1965. La couverture des dommages matériels au bâtiment (MRI) n’est pas imposée par la loi. Néanmoins, elle est rendue obligatoire par le règlement de copropriété dans la quasi-totalité des immeubles afin d’éviter d’avoir à financer la reconstruction de l’immeuble sur les deniers personnels des copropriétaires.

Comment est réparti le coût de l’assurance entre les copropriétaires ?

La prime de l’assurance multirisque immeuble constitue une charge commune générale. Elle est répartie entre l’ensemble des copropriétaires au prorata de leurs tantièmes (ou millièmes) de copropriété, conformément à l’article 10 de la loi du 10 juillet 1965. Il en va de même pour la franchise appliquée par l’assureur lors d’un sinistre collectif.

La loi Hamon permet-elle de résilier l’assurance de l’immeuble à tout moment ?

Non. La loi Hamon s’applique exclusivement aux contrats d’assurance souscrits par des personnes physiques agissant en tant que consommateurs. Le syndicat des copropriétaires étant une personne morale, le contrat MRI ne peut pas être résilié à tout moment après un an. Sa résiliation s’effectue exclusivement à l’échéance annuelle, sous réserve de respecter un préavis de deux mois.

Que se passe-t-il si le capital déclaré à l’assureur est inférieur à la valeur réelle de l’immeuble ?

En cas de sous-évaluation du capital de reconstruction, l’assureur applique la règle proportionnelle de capitaux (article L. 121-5 du Code des assurances). Lors d’un sinistre, l’indemnité versée est réduite dans la même proportion que la sous-assurance. La différence financière reste à la charge exclusive du syndicat des copropriétaires.

Sources et références

  • Loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis (notamment les articles 9-1, 10 et 18) : Légifrance – Loi du 10 juillet 1965
  • Code des assurances (notamment les articles L. 112-1, L. 113-2, L. 113-12, L. 114-1 et L. 121-5) : Légifrance – Code des assurances
  • Loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l’accès au logement et un urbanisme rénové (Loi ALUR) : Légifrance – Loi ALUR
  • Convention IRSI (Indemnisation et Recours des Sinistres Immeubles) – Fédération Française de l’Assurance (FFA / France Assureurs)
  • Fiche pratique Service-Public.fr – Assurances en copropriété : Service-Public.fr

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