Vivre en immeuble collectif offre une praticité incontestable, mais expose également à la proximité immédiate de ses voisins. Lorsque les bruits répétés, les odeurs tenaces, l’encombrement des parties communes ou les dégradations se multiplient, la situation peut rapidement devenir insupportable. Les troubles de voisinage en copropriété figurent parmi les motifs les plus fréquents de contentieux au sein des immeubles résidentiels.Face à ces dérives, le droit français et la jurisprudence offrent un cadre strict destiné à préserver la jouissance paisible des lots privatifs. De l’étape amiable aux recours judiciaires ciblés, en passant par le rôle pivot du syndic et du conseil syndical, des démarches structurées permettent d’agir efficacement. Ce guide décrypte l’ensemble des mécanismes légaux et des outils pratiques à disposition des occupants pour rétablir la tranquillité dans leur résidence.
1. La définition juridique des troubles de voisinage en copropriété
Le droit immobilier n’interdit pas l’ensemble des gênes inhérentes à la vie en collectivité, car une certaine tolérance mutuelle demeure nécessaire. La loi sanctionne uniquement les désagréments qui dépassent le seuil tolérable de la vie courante.
La notion d’inconvénient normal et le seuil d’anormalité
La vie en communauté implique d’accepter les bruits du quotidien, tels que les pas sur un parquet, les voies d’enfants durant la journée ou le fonctionnement épisodique d’équipements ménagers. Ces manifestations constituent des inconvénients normaux du voisinage.
À l’inverse, un trouble devient anormal dès lors qu’il se caractérise par une gravité particulière. Les magistrats apprécient cette anormalité in concreto, c’est-à-dire en fonction des circonstances factuelles. Les critères retenus reposent principalement sur :
- La répétition et la fréquence : un événement isolé constitue rarement une infraction civile, tandis qu’un fait quotidien ou hebdomadaire caractérise le trouble.
- La durée et l’intensité : des nuisances qui s’étalent sur plusieurs heures ou qui atteignent un volume sonore excessif dépassent la simple gêne.
- Le moment d’occurrence : un bruit commis en pleine nuit présente un caractère de gravité accru par rapport à une manifestation diurne.
- La localisation : les exigences de sérénité diffèrent selon que l’immeuble se situe dans un secteur résidentiel calme ou au cœur d’un quartier commerçant animé.
Il convient de souligner que le respect des arrêtés municipaux ou des normes techniques d’isolation n’exonère pas l’auteur d’un trouble. Même si un équipement est conforme aux règles d’urbanisme, son exploitation peut être jugée illicite si elle engendre un préjudice anormal pour les occupants voisins.
La consécration légale de l’article 1253 du Code civil
Pendant plusieurs décennies, le principe de responsabilité pour trouble anormal de voisinage relevait d’une construction jurisprudentielle constante élaborée par la Cour de cassation. La loi n° 2024-346 du 15 avril 2024 visant à adapter le droit de la responsabilité civile aux troubles anormaux de voisinage a officiellement codifié ce principe.
Désormais, l’article 1253 du Code civil dispose clairement que le propriétaire, le locataire, le bénéficiaire d’un droit réel ou l’occupant d’un lot privatif qui cause un trouble excédant les inconvénients normaux de voisinage est responsable de plein droit des dommages qui en résultent.
Ce régime juridique présente une spécificité majeure : il s’agit d’une responsabilité sans faute. Pour obtenir la cessation de la nuisance ou des réparations financières, la victime n’a nullement besoin de démontrer une intention de nuire, une imprudence ou une négligence de la part de son voisin. La seule preuve matérielle de l’existence du trouble anormal et du préjudice subi suffit à engager la responsabilité de l’auteur.
Typologie des nuisances rencontrées en copropriété
Les désagréments susceptibles de troubler la vie d’un immeuble se répartissent en plusieurs grandes catégories :
Nuisances sonores
Il s’agit de la cause principale de conflit. Conformément à l’article R. 1334-31 du Code de la santé publique, aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l’homme. Sont concernés les bruits de comportement (talons, fêtes nocturnes, télévisions, aboiements continus) ainsi que les bruits liés à des équipements défectueux ou mal isolés (pompes à chaleur, climatiseurs, appareils électroménagers).
Nuisances olfactives et visuelles
Les émanations de fumées de cigarette ou de cannabis dans les parties communes, les odeurs persistantes de cuisson issues d’activités commerciales non autorisées, ainsi que l’ accumulation de détritus générant des émanations fétides entrent dans le champ des troubles sanctionnés. Sur le plan visuel, l’accumulation d’objets hétéroclites sur un balcon modifiant l’aspect extérieur de l’immeuble est également concernée.
Atteintes au règlement de copropriété
L’encombrement systématique des couloirs, des paliers ou des cours avec des vélos, des poussettes ou des encombrants constitue un manquement aux règles d’usage des parties communes et nuit à la sécurité des résidents.
2. La répartition des responsabilités en copropriété
La présence d’intervenants multiples au sein d’un immeuble (copropriétaires résidents, bailleurs, locataires, syndic) nécessite d’identifier précisément qui doit répondre des désagréments occasionnés.
La responsabilité du locataire et de l’occupant
Le locataire est directement lié à son bailleur par le contrat de location. En vertu de l’article 1728 du Code civil et de l’article 7 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, le locataire a l’obligation légale d’user paisiblement des locaux loués suivant la destination qui leur a été donnée par le contrat.
Lorsque l’occupant enfreint cette obligation par des comportements bruyants, irrespectueux ou dégradants, il commet une faute contractuelle envers son bailleur et un trouble anormal envers ses voisins. L’occupant sans titre ou l’hébergé à titre gratuit est soumis aux mêmes exigences d’usage paisible des lieux.
La responsabilité de plein droit du copropriétaire-bailleur
Lorsqu’un lot est donné en location, le propriétaire bailleur demeure le garant du respect du règlement de copropriété envers la collectivité des copropriétaires. La jurisprudence de la Cour de cassation établit de façon constante que le copropriétaire-bailleur est responsable de plein droit vis-à-vis des autres copropriétaires des troubles anormaux de voisinage causés par son locataire.
Le bailleur ne peut pas se retrancher derrière le fait qu’il n’habite pas le logement ou qu’il n’est pas l’auteur direct des bruits ou des odeurs. Dès lors qu’il est informé de la situation par le syndic ou par des voisins victimes, il a l’obligation positive d’entreprendre toutes les démarches nécessaires pour faire cesser les désagréments générés par son occupant.
Si le propriétaire bailleur reste passif et s’abstient d’adresser une mise en demeure à son locataire ou de mettre en œuvre une procédure d’expulsion, il engage sa propre responsabilité civile. Il peut alors être condamné personnellement à verser des dommages et intérêts aux victimes.
Le rôle et l’obligation d’intervention du syndicat et du syndic
Le syndicat des copropriétaires regroupe l’ensemble des propriétaires de l’immeuble. Selon l’article 14 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965, le syndicat a pour objet la conservation de l’immeuble et l’administration des parties communes. Il est garant du respect du règlement de copropriété.
Le syndic de copropriété, en sa qualité de mandataire du syndicat (article 18 de la loi du 10 juillet 1965), doit assurer l’exécution des stipulations du règlement. Dès qu’un trouble affecte les parties communes ou contrevient directement à une clause du règlement (par exemple, le non-respect d’une clause d’habitation bourgeoise ou l’occupation illicite des parties communes), le syndic a le devoir d’intervenir.
En cas d’inaction prolongée du syndic face à des violations flagrantes du règlement de copropriété, la responsabilité du syndicat des copropriétaires peut être engagée par les copropriétaires lésés pour défaut d’entretien ou carence dans l’application des règles communes.
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│ REPARTITION DES RESPONSABILITES │
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│ ACTEUR │ OBLIGATIONS ET RESPONSABILITÉS │
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│ Locataire / Occupant │ User paisiblement des locaux. Respecter le │
│ │ règlement de copropriété annexé au bail. │
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│ Copropriétaire-bailleur │ Responsable de plein droit des troubles │
│ │ causés par son locataire. Doit agir sous │
│ │ peine de voir sa responsabilité engagée. │
├──────────────────────────┼──────────────────────────────────────────────┤
│ Syndic / Syndicat │ Veiller à l'application du règlement de │
│ │ copropriété. Intervenir dès lors que les │
│ │ parties communes ou les clauses du règlement │
│ │ sont impactées. │
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3. Le plan d’action méthodique pour faire cesser une nuisance
Pour résoudre un litige sans venimer inutilement les relations humaines, il est indispensable de suivre une trajectoire graduelle et juridiquement irréprochable.
Étape 1 : Le dialogue direct et la démarche amiable initiale
La première démarche consiste à aller à la rencontre de l’auteur présumé du trouble. Dans une proportion importante de cas, l’occupant n’a pas conscience de la gêne qu’il diffuse, notamment en raison d’une mauvaise isolation acoustique du bâti.
L’échange doit rester courtois, factuel et centré sur l’impact concret des bruits ou des odeurs. Il convient d’expliquer calmement les heures d’émergence des nuisances et d’inviter la personne à constater par elle-même l’intensité de la gêne depuis le logement voisin.
Si la rencontre directe s’avère délicate, un mot écrit déposé dans la boîte aux lettres ou une prise de contact téléphonique posée permet d’amorcer le dialogue.
Étape 2 : L’écrit formel et la constitution du dossier de preuves
Si les démarches orales demeurent sans effet, il est nécessaire de formaliser la demande. Un courrier simple récapitulant les faits, les dates et les horaires doit être adressé au voisin. En l’absence de réaction rapide, la transmission d’une lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) s’impose pour acter la mise en demeure formelle de cesser le trouble.
Parallèlement, la victime doit constituer un dossier d’éléments probants. En droit civil, la charge de la preuve incombe au demandeur (article 1353 du Code civil). Pour établir la réalité du préjudice, il est conseillé de réunir :
- Un journal de bord détaillé : consignant scrupuleusement la date, l’heure de début et de fin, la nature et l’intensité de chaque incident.
- Des attestations de témoins : rédigées par d’autres résidents de l’immeuble à l’aide du formulaire officiel (Cerfa n° 11527). Ces documents doivent comporter la description précise des faits personnellement constatés et être accompagnés d’une copie de la pièce d’identité du signataire.
- Des interventions des services de police ou de gendarmerie : le dépôt de mains courantes ou les procès-verbaux de constatation d’infraction pour tape-à-l’œil ou bruit nocturne apportent un éclairage officiel.
- Un constat par un commissaire de justice (anciennement huissier de justice) : cet acte d’officier public constitue la preuve la plus solide devant les juridictions. Le commissaire se déplace au domicile de la victime pour consigner objectivement la fréquence, le niveau sonore ou la réalité des odeurs.
Étape 3 : La saisine du syndic et du conseil syndical
Lorsque le trouble affecte le calme général de la résidence ou enfreint une règle explicite du règlement de copropriété (comme l’interdiction de poser du carrelage sans sous-couche phonique isolante), le syndic doit être saisi par écrit par le copropriétaire impacté.
Le syndic adresse alors une mise en demeure formelle à l’auteur des désagréments ou directement au copropriétaire-bailleur si le logement est loué.
Le conseil syndical peut également être sollicité pour mener une médiation de proximité. Bien que le conseil syndical ne dispose pas de pouvoir de sanction, son rôle de conseil et sa connaissance du terrain facilitent parfois le rétablissement du dialogue entre résidents.
Étape 4 : La tentative obligatoire de conciliation ou de médiation
Depuis la réforme de la procédure civile, la saisine du tribunal judiciaire pour un litige relatif à un trouble anormal de voisinage ou pour une demande dont le montant n’excède pas 5 000 euros exige, à peine d’irrecevabilité, une tentative préalable de résolution amiable (article 750-1 du Code de procédure civile).
Cette obligation s’exécute selon trois modalités au choix :
- Le recours au conciliateur de justice : l’intervenant est un bénévole assermenté nommé par le président de la cour d’appel. La procédure est entièrement gratuite. Le conciliateur convoque les parties pour entendre leurs explications et rechercher un compromis. Si un accord est trouvé, un constat d’accord est rédigé et peut être homologué par le juge pour acquérir la même valeur juridique qu’un jugement.
- La médiation : conduite par un médiateur indépendant, cette mesure confidentielle permet d’aborder les aspects relationnels et techniques du litige. Son coût est partagé entre les parties.
- La procédure participative : démarche négociée assistée par les avocats respectifs des parties.
C’est uniquement en cas d’échec avéré de cette phase amiable — matérialisé par un constat d’unanimité d’impossibilité ou d’absence d’une partie — que la saisine du juge devient recevable.
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│ ETAPES DE RESOLUTION DU LITIGE │
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│ 1. ÉCHANGE AMIABLE DIRECT │
│ └─► Entretien, appel ou courrier simple │
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│ 2. FORMALISATION ET CONSTITUTION DU DOSSIER │
│ └─► Courrier LRAR, journal des nuisances, attestations Cerfa, PVC │
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│ 3. SIGNALEMENT AU SYNDIC ET AU CONSEIL SYNDICAL │
│ └─► Rappel des clauses du règlement de copropriété au bailleur │
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│ 4. TENTATIVE OBLIGATOIRE DE CONCILIATION DE JUSTICE │
│ └─► Saisine gratuite d'un conciliateur (art. 750-1 CPC) │
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│ 5. ACTION JUDICIAIRE DEVANT LE TRIBUNAL JUDICIAIRE │
│ └─► Référé (urgence) ou procédure au fond avec demande d'astreinte │
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4. L’action oblique : un levier juridique majeur pour le copropriétaire individuel
Historiquement, un copropriétaire victime du locataire de son voisin se heurtait à d’importantes difficultés d’action lorsque le bailleur refusait d’intervenir. L’évolution de la jurisprudence a radicalement modifié cette situation.
Définition et fonctionnement du mécanisme
L’action oblique est un mécanisme général du droit des obligations prévu à l’article 1341-1 du Code civil. Il permet à un créancier d’exercer les droits et actions de son débiteur lorsque ce dernier néglige de les faire valoir, compromettant ainsi les droits du créancier.
Dans le contexte d’une copropriété :
- Le règlement de copropriété constitue un contrat qui lie l’ensemble des propriétaires.
- Tout copropriétaire dispose du droit d’exiger de ses pairs le respect strict de ce règlement (il est créancier de cette obligation).
- Le copropriétaire-bailleur a l’obligation de faire respecter ce texte par son locataire (il est débiteur de cette obligation).
- Si le bailleur s’abstient d’agir malgré la violation avérée du règlement par son occupant, il commet une carence.
- Le copropriétaire victime peut alors se substituer juridiquement au bailleur défaillant pour exercer l’action en résiliation de bail à sa place.
La jurisprudence déterminante du 8 avril 2021
Pendant longtemps, la possibilité de demander la résiliation du bail d’un tiers par action oblique restait réservée au syndicat des copropriétaires représenté par son syndic.
Un arrêt capital rendu par la troisième chambre civile de la Cour de cassation le 8 avril 2021 (n° 20-18.327) a élargi ce droit au bénéfice du copropriétaire individuel.
Dans cette affaire, un copropriétaire subissait des nuisances répétées du fait du locataire du lot voisin. Face à l’inertie totale du propriétaire bailleur et du syndic, la victime a assigné directement le bailleur et le locataire pour obtenir la résiliation du contrat de bail et l’expulsion de l’occupant.
La Cour de cassation a confirmé la recevabilité de cette démarche : un copropriétaire peut agir seul, sur le fondement de l’action oblique, pour solliciter la résiliation judiciaire du bail du locataire qui contrevient au règlement de copropriété, dès lors que le bailleur refuse ou néglige d’agir.
Cette décision fondamentale confère une autonomie d’action cruciale aux copropriétaires victimes, qui ne dépendent plus du bon vouloir du syndic ni de l’organisation d’un vote en assemblée générale pour obtenir l’expulsion d’un occupant perturbateur.
5. Salubrité publique et insalubrité : la gestion des situations graves
Lorsque le trouble de voisinage dépasse la simple nuisance sonore ou visuelle pour atteindre la salubrité de l’immeuble, les règles applicables se renforcent considérablement.
La frontière entre trouble civil et danger sanitaire
L’accumulation compulsive d’objets ou de déchets dans un logement (syndrome de Diogène), la présence de cadavres d’animaux, le défaut d’entretien grave générant des infestations massives de nuisibles (cafards, puces, punaises de lit, rats) ou des infiltrations d’eau contaminée constituent des urgences sanitaires.
Dans ces hypothèses, la sécurité et la santé de l’ensemble des résidents de la copropriété sont compromises. La passivité du gestionnaire ou de l’occupant ne peut plus être tolérée sous prétexte que le logement relève d’un domaine privé.
Les compétences de la mairie et de l’Agence Régionale de Santé (ARS)
Face à un risque sanitaire caractérisé, les victimes et le syndic disposent de voies administratives d’urgence qui prévalent sur les délais des procédures civiles ordinaires.
Le rôle du service municipal d’hygiène
Il convient de saisir immédiatement le maire au titre de ses pouvoirs de police administrative générale et de l’application du Règlement Sanitaire Départemental (RSD). Les services municipaux d’hygiène et de santé (SCHS) mandatent un inspecteur pour effectuer une visite des lieux et dresser un rapport officiel.
La procédure de traitement de l’habitat indigne
Sous l’égide du Code de la santé publique (articles L. 1331-22 et suivants), le préfet de département peut être saisi par le maire ou l’Agence Régionale de Santé (ARS). Si l’insalubrité est confirmée, le préfet prend un arrêté de traitement de l’habitat indigne. Cet acte administratif :
- Ordonne au propriétaire ou à l’occupant d’exécuter des travaux de remise en état ou de désinfection dans un délai contraint.
- Peut prononcer une interdiction temporaire ou définitive d’habiter si les lieux présentent un danger manifeste pour la santé.
- Autorise le maire ou le préfet à faire exécuter les travaux d’office aux frais du propriétaire défaillant si les prescriptions ne sont pas respectées.
L’obligation d’action du syndic en présence d’un péril
Aux termes de l’article 18 de la loi du 10 juillet 1965, le syndic est investi du pouvoir d’accomplir tous les actes civils et conservatoires nécessaires à la sauvegarde de l’immeuble.
En présence d’un danger sanitaire avéré impactant les structures de l’immeuble ou les canalisations communes, le syndic peut — et doit — commander en urgence des prestations de désinsectisation, de dératisation ou de sécurisation sans attendre la réunion d’une assemblée générale. S’il s’abstient de prendre ces mesures conservatoires minimales, sa responsabilité professionnelle pour faute peut être recherchée.
6. Prévenir les contentieux au sein de la copropriété
La gestion sereine d’un immeuble repose sur la mise en place de mesures préventives destinées à éviter la survenance des conflits.
L’actualisation et la diffusion du règlement de copropriété
Le règlement de copropriété demeure le document de référence. Pour éviter toute ambiguïté, il gagne à être précis sur les règles de vie collective :
- Horaires autorisés pour la réalisation de travaux de bricolage ou de rénovation.
- Conditions d’utilisation des balcons et terrasses (interdiction de séchage de linge visible, règles relatives aux barbecues).
- Modalités de détention des animaux domestiques.
- Prescriptions relatives à la nature des revêtements de sol lors de travaux de rénovation (exigence du maintien d’une isolation acoustique au moins équivalente au sol d’origine).
Le syndic doit s’assurer que chaque nouveau propriétaire reçoit le règlement lors de l’achat de son lot. De même, les copropriétaires-bailleurs doivent impérativement annexer les clauses relatives à la vie de l’immeuble au contrat de bail qu’ils font signer à leur locataire.
La communication et la sensibilisation au sein de la résidence
L’affichage pédagogique dans les espaces communs (halls d’entrée, ascenseurs, locaux poubelles) constitue un moyen simple d’appeler au respect mutuel. La diffusion de rappels périodiques concernant le dépôt des encombrants ou le respect du calme nocturne permet de désamorcer l’ignorance des règles.
Certaines copropriétés adoptent également une charte de bon voisinage, votée en assemblée générale. Bien que ce document possède une portée essentiellement morale, il renforce le sentiment d’appartenance collective et rappelle les principes de bienveillance réciproque.
Conclusion
Les troubles de voisinage en copropriété ne constituent pas une fatalité subie. Le cadre législatif français, renforcé par la codification de l’article 1253 du Code civil et par la jurisprudence relative à l’action oblique, met à la disposition des copropriétaires des instruments juridiques protecteurs et efficients.
La réussite d’une démarche visant à faire cesser une nuisance repose sur une méthode rigoureuse : l’instauration prioritaire du dialogue, la constitution minutieuse d’un dossier de preuves (constat par commissaire de justice, témoignages), la mise en œuvre de la conciliation amiable obligatoire et, en cas de besoin, l’assignation en justice ciblée du responsable ou de son bailleur. En agissant avec fermeté et discernement, chaque occupant peut faire valoir son droit légitime à jouir paisiblement de son logement.
Questions fréquentes sur les troubles de voisinage en copropriété
Comment prouver un trouble anormal de voisinage si le bruit est intermittent ?
La preuve d’un trouble intermittent s’établit par un faisceau d’indices concordants. Vous devez rédiger un journal de bord précis consignant chaque incident (dates, heures, durée). Complétez ce relevé par des attestations de voisins impactés (formulaire Cerfa n° 11527), des enregistrements datés et, idéalement, un constat établi par un commissaire de justice qui se déplace à plusieurs reprises ou reste présent lors des créneaux d’émergence habituels du bruit.
Le propriétaire bailleur peut-il être condamné financièrement à la place de son locataire bruyant ?
Oui. La jurisprudence considère que le copropriétaire-bailleur est responsable de plein droit envers la copropriété des dommages causés par son locataire. Si le bailleur reste inactif après avoir été informé des désagréments subis par les voisins, le tribunal peut le condamner personnellement à verser des dommages et intérêts aux victimes au titre du préjudice de jouissance subi.
Quelle est la durée moyenne d’une procédure judiciaire pour nuisances de voisinage ?
En présence d’un motif d’urgence ou d’un trouble manifeste, le juge des référés du tribunal judiciaire peut être saisi et rendre une ordonnance provisoire sous 2 à 4 mois (par exemple pour ordonner des travaux sous astreinte). Une procédure au fond visant à obtenir l’expulsion d’un locataire ou des indemnités financières s’étale en moyenne sur 12 à 18 mois, selon le niveau d’encombrement de la juridiction locale.
Est-il possible de faire voter des amendes à l’assemblée générale contre un voisin bruyant ?
Non. L’assemblée générale des copropriétaires ne possède aucun pouvoir disciplinaire ou pénal. Elle ne peut pas voter d’amendes financières privées à l’encontre d’un occupant, une telle disposition étant jugée illégale par les tribunaux. Seul le juge judiciaire détient le pouvoir d’ordonner des réparations financières ou de prononcer des astreintes payables par jour de retard.
Le syndic a-t-il le droit d’entrer dans un appartement privé pour constater une odeur ou un état d’insalubrité ?
Non. Le principe de l’inviolabilité du domicile interdit au syndic, au conseil syndical ou à un voisin de pénétrer dans un logement privatif sans l’accord express de son occupant. Si l’accès est refusé alors qu’un risque grave d’insalubrité ou de sécurité existe, seul un arrêté préfectoral ou une ordonnance rendue par le président du tribunal judiciaire peut autoriser l’accès forcé aux lieux par les services compétents.
Sources et références
- Loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis (Légifrance)
- Article 1253 du Code civil – Responsabilité pour trouble anormal de voisinage (Légifrance)
- Cour de cassation, 3ème chambre civile, 8 avril 2021, n° 20-18.327 (Légifrance)
- Code de la santé publique – Article R1334-31 sur la lutte contre les bruits du voisinage (Légifrance)
- Service-Public.fr – Troubles de voisinage : bruits, odeurs et démarches à suivre











