Le gardien d’immeuble est souvent perçu comme la victime potentielle dans les conflits de copropriété. Cependant, il arrive que la dynamique s’inverse. De nombreux résidents se trouvent ciblés par des agissements répétés de la part du gardien, allant de l’intimidation aux représailles ciblées. Ce phénomène, désigné sous le terme de harcèlement moral par le gardien, est destructeur pour la qualité de vie.
Contrairement au harcèlement au travail, le copropriétaire n’est pas le subordonné du gardien, ce qui modifie le cadre juridique. Il ne s’agit plus de droit du travail, mais de responsabilité civile délictuelle et potentiellement de droit pénal. L’enjeu pour le copropriétaire victime est de savoir comment mobiliser le Syndic, son représentant légal, et engager les actions nécessaires pour faire cesser ce trouble. Cet article explore les mécanismes de ce type de harcèlement, les obligations du Syndic et les stratégies concrètes de défense pour le résident face au harcèlement moral par le gardien. 🏘️
I. Le cadre juridique applicable au harcèlement moral par le gardien
Lorsque le gardien harcèle un copropriétaire, le droit du travail ne s’applique pas directement pour qualifier l’infraction. Les recours se fondent alors sur le droit commun et le droit pénal.
La qualification juridique : Trouble anormal du voisinage et faute délictuelle
Le harcèlement moral par le gardien est principalement appréhendé sous deux angles juridiques :
- Le trouble anormal du voisinage (TAV) : La jurisprudence étend le TAV à tout comportement répétitif (intimidation, dénigrement, entrave sélective aux services) qui excède les inconvénients normaux de la vie en collectivité et porte atteinte de manière significative à la jouissance du bien du résident.
- La responsabilité civile délictuelle (Article 1240 du Code Civil) : Les agissements du gardien constituent une faute qui cause un préjudice au copropriétaire (stress, anxiété). Le gardien engage sa responsabilité personnelle. De plus, le Syndicat des Copropriétaires (SC), en tant qu’employeur, peut engager sa responsabilité, notamment en cas de manquement à son devoir de surveillance ou d’inaction après signalement.
L’incrimination pénale : Le délit de harcèlement moral entre particuliers
L’outil juridique le plus adapté pour sanctionner l’auteur des faits est l’article 222-33-2-1 du Code pénal, qui incrimine le délit de harcèlement moral en dehors du cadre professionnel. Ce délit est constitué si :
- Des agissements répétés ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de vie de la victime ;
- Cette dégradation se traduit par une altération de la santé physique ou mentale de la victime (certificat médical requis).
Ce cadre est parfaitement applicable au harcèlement moral par le gardien. Les sanctions pénales peuvent aller jusqu’à un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende pour l’auteur.
II. Les manifestations et la responsabilité de l’employeur
Le harcèlement moral par le gardien est souvent le fruit d’un abus de position. Son maintien dans l’emploi, une fois les faits établis, engage la responsabilité du Syndicat.
La responsabilité du Syndicat des Copropriétaires (SC)
Le Syndicat des Copropriétaires est l’employeur du gardien. Bien que le harcèlement ne soit pas une faute commise dans l’exercice normal des fonctions, la responsabilité du SC peut être engagée sur deux fondements majeurs :
- Le manquement à l’obligation de maintenir la tranquillité : Le SC doit faire cesser tout trouble émanant d’un occupant, y compris son salarié.
- L’inaction face à la faute : Si le Syndic (représentant le SC) est alerté par LRAR et qu’il manque à son devoir d’agir et de sanctionner le gardien, il engage la responsabilité civile du SC pour faute de gestion et inaction. C’est le manquement aux obligations de l’employeur qui permet au copropriétaire d’engager la responsabilité du SC pour obtenir réparation.
La sanction ultime : Le licenciement pour faute grave
Le fait d’exercer un harcèlement moral par le gardien sur un copropriétaire constitue une faute professionnelle d’une gravité telle qu’elle rend impossible le maintien de la relation de travail.
- Procédure disciplinaire : Le Syndic, agissant au nom du SC, est tenu d’engager une enquête interne puis une procédure disciplinaire (entretien préalable, sanction).
- Justification du licenciement : Les actes de harcèlement envers les résidents sont considérés comme une faute grave justifiant un licenciement immédiat sans indemnité (sauf légale), sous réserve que la procédure soit menée dans le respect du droit du travail.
Jurisprudence clé : Bien que les cas spécifiques de licenciement pour harcèlement par le gardien soient moins publics que les cas inverses, le principe reste que l’employeur (le SC) a l’obligation de mettre fin à une situation de harcèlement dès qu’il en a connaissance, sous peine d’engager sa responsabilité (par analogie avec les arrêts de la Cour de Cassation qui sanctionnent le SC lorsque celui-ci ne protège pas son salarié contre le harcèlement d’un résident).
III. Stratégies et conseils pratiques pour le copropriétaire victime
Face au harcèlement moral par le gardien, la stratégie du copropriétaire repose sur une documentation irréfutable pour contraindre l’employeur à agir.
Étape 1 : La documentation rigoureuse pour objectiver les faits
La preuve est la seule arme efficace. Le copropriétaire doit tenir un journal de bord détaillé : 📝
- Date, heure, lieu de chaque incident.
- Description détaillée de l’agissement (propos exacts, comportement, obstruction de service).
- Preuves matérielles : Photos (dégâts ciblés), attestations de témoins (voisins, livreurs) avec leurs pièces d’identité et la mention manuscrite requise par le Code de procédure civile.
- La preuve médicale : Un certificat médical attestant d’une altération de la santé (anxiété, stress) en lien avec la situation est indispensable, notamment pour l’action pénale (art. 222-33-2-1 C. pénal).
Étape 2 : L’interpellation formelle et mise en demeure du Syndic
Le Syndic est le point de contact légal et doit être sollicité de manière formelle.
- Lettre Recommandée avec Accusé de Réception (LRAR) : Adresser une mise en demeure formelle au Syndic, détaillant les faits (annexer le journal de bord) et exigeant qu’il prenne des mesures immédiates, y compris une enquête interne et l’engagement d’une procédure disciplinaire.
- Mobilisation du Conseil Syndical (CS) : Informer le CS pour qu’il use de son rôle de contrôle afin de faire pression sur le Syndic.
- Inscription d’une résolution à l’AG : Si le Syndic reste inactif, demander l’inscription d’une résolution à l’ordre du jour de la prochaine Assemblée Générale (AG) visant à statuer sur les agissements du gardien et à habiliter le Syndic à agir en justice.
Étape 3 : Les recours judiciaires efficaces
Si les démarches formelles échouent, le copropriétaire doit engager l’action judiciaire.
- Action Civile (Tribunal Judiciaire) : Assignation du gardien et du Syndicat des Copropriétaires pour Trouble Anormal du Voisinage ou faute délictuelle. Le but est d’obtenir l’injonction de cesser les agissements et l’octroi de dommages et intérêts pour le préjudice moral.
- Action Pénale (Dépôt de Plainte) : Pour le délit de harcèlement moral par le gardien (art. 222-33-2-1 C. pénal), un dépôt de plainte avec constitution de partie civile permet de demander la sanction pénale de l’auteur et des réparations.
IV. Conclusion : Rétablir la sérénité après le harcèlement moral par le gardien
Le harcèlement moral par le gardien est une atteinte grave à votre droit de jouissance paisible de votre domicile. La clé du succès réside dans la méthode : documenter rigoureusement, formaliser vos démarches auprès du Syndic (par LRAR), et si nécessaire, engager des actions judiciaires.
En transformant votre expérience subjective en preuves objectives et en procédures formelles, vous contraignez le Syndic et le Syndicat des Copropriétaires à assumer leurs obligations d’employeur et de garant de la tranquillité de la résidence.
FAQ sur le Harcèlement moral par le gardien
Quel article de loi s’applique si je subis le harcèlement moral par le gardien ?
Le cadre pénal applicable est l’article 222-33-2-1 du Code pénal (harcèlement moral entre particuliers). Au civil, vous pouvez vous appuyer sur l’article 1240 du Code civil (faute délictuelle) et la jurisprudence sur le Trouble Anormal du Voisinage pour obtenir réparation.
Le Syndic doit-il obligatoirement mener une enquête ?
Oui. Le Syndic est tenu à une obligation de diligence. Il doit diligenter une enquête interne impartiale et contradictoire pour vérifier les faits de harcèlement. Son inaction est une faute de gestion engageant sa responsabilité civile professionnelle et celle du Syndicat.
Le gardien risque-t-il le licenciement pour ce type de faute ?
Oui. Les actes de harcèlement moral par le gardien envers un résident sont généralement qualifiés de faute grave par le Syndicat (employeur), car ils rendent impossible le maintien du salarié dans la copropriété. Le licenciement pour faute grave est alors justifié.
La copropriété peut-elle être condamnée à payer des dommages et intérêts ?
Oui. Si le Syndicat des Copropriétaires (SC), alerté, n’a pas pris les mesures nécessaires pour faire cesser le trouble (inaction ou sanction insuffisante), il peut être condamné par le Tribunal Judiciaire à payer des dommages et intérêts pour le préjudice subi par le copropriétaire, en raison de son manquement à son devoir de garantir la tranquillité.

Quels conseils dans ce type de situation ?
Face au harcèlement moral par le gardien, le copropriétaire doit rigoureusement documenter chaque incident (journal de bord, attestations) pour engager la responsabilité du Syndicat des Copropriétaires. Il est impératif de mettre en demeure le Syndic par LRAR pour exiger l’ouverture d’une enquête disciplinaire, le Syndic risquant une faute de gestion en cas d’inaction. Si le trouble persiste, le copropriétaire doit engager une action civile pour trouble anormal du voisinage ou une action pénale pour harcèlement moral afin d’obtenir la cessation des agissements et des dommages et intérêts.
Entendu. Si le syndicat des copropriétaires finit par être convaincu, n’est il pas plus simple de partir sur un licenciement du gardien et comment opérer dans ce cas ?
Très cordialement,
Effectivement, si le syndicat des copropriétaires valide la décision, le licenciement du gardien peut être envisagé. Il faudra alors suivre la procédure légale pour éviter tout litige :
https://www.copriciel.com/copropriete/licencier-un-gardien-en-copropriete-procedures-et-regles/